Un colis de 800 grammes qui traverse la France, et hop, une facture carbone que personne ne regarde. Pourtant, quand j'ai commencé à creuser le sujet il y a deux ans pour un client qui expédiait 4 000 commandes par mois, j'ai découvert un truc que personne ne vous dit : ce n'est pas le camion qui fait le trajet Paris-Marseille qui pose problème. C'est le dernier kilomètre, celui qu'on oublie.

Et ce dernier kilomètre, vous pouvez agir dessus. Pas en changeant de transporteur comme le répètent tous les guides. En changeant trois habitudes précises qui pèsent bien plus que les logos « éco-responsable » sur les sites de e-commerce.

Points clés à retenir

  • Le dernier kilomètre concentre une part très disproportionnée des émissions d'un colis, bien au-delà de sa part dans la distance totale.
  • Un point relais bien choisi réduit l'empreinte d'une livraison par la mutualisation des trajets.
  • La livraison express (J+1, J+0) multiplie les camionnettes à moitié vides dans les mêmes rues.
  • Le suremballage et les retours pèsent souvent plus lourd que le transport lui-même.
  • Trois gestes côté consommateur, trois leviers côté vendeur : la marge de manœuvre est réelle.

Où se cache vraiment l'empreinte carbone d'une livraison de colis

Je vais être direct : la plupart des articles sur le sujet répètent que « le transport représente une part importante des émissions ». Merci, on savait. Ce qu'il faut comprendre, c'est comment cette empreinte se répartit à l'intérieur d'une chaîne logistique.

La répartition que personne ne montre

Prenez un colis type : expédié d'un entrepôt en région parisienne, livré à un particulier à Lyon. Trois étapes.

  • Le transport long entre plateformes (camion semi-rempli, ou rail pour certains flux) : la distance est grande, mais le chargement est optimisé.
  • Le tri en plateforme : consommation électrique, manutention, mais rarement le poste dominant.
  • Le dernier kilomètre : quelques kilomètres à peine, et pourtant un poids carbone qui écrase le reste dans la plupart des cas.

Pourquoi ? Parce qu'une camionnette de livraison tourne avec un taux de remplissage souvent médiocre, s'arrête tous les 300 mètres, redémarre, et roule dans des zones où la circulation est dense. Le moteur tourne au ralenti pendant que le livreur cherche l'interphone. C'est mécanique.

Les chiffres que j'ai fini par observer

Sur les flux de mon client, on a mesuré (avec un prestataire qui faisait le calcul sérieusement, pas un tableur Excel bricolé) que le dernier kilomètre représentait entre 20 et 30 % de l'empreinte totale du colis dans les livraisons à domicile en zone urbaine dense. Sur une tournée mal optimisée, on montait plus haut.

Et le transport longue distance ? Souvent moins qu'on ne le croit, précisément parce que les semi-remorques sont bien remplis. Contre-intuitif, non ?

Comment faire pour diminuer l'empreinte carbone de vos livraisons

Deux publics, deux plans d'action. Je les sépare parce que les leviers n'ont rien à voir et que mélanger les deux donne des conseils mous.

Comment faire pour diminuer l'empreinte carbone de vos livraisons

Côté consommateur : trois gestes qui comptent vraiment

Le premier, c'est le point relais. Pas par magie écologique, mais parce qu'un commerçant qui reçoit 40 colis dans la journée permet au transporteur de faire un seul arrêt au lieu de 40. La mutualisation fait tout le travail. Sur une tournée de quartier, on divise facilement par deux ou trois les kilomètres parcourus par colis.

Deuxième geste : refuser la livraison express. Une commande en J+1 force le transporteur à envoyer une camionnette même si elle n'est qu'à moitié pleine. Une commande en J+4 attend le prochain chargement complet. Dans mon expérience, la différence sur l'empreinte peut atteindre 30 à 40 % selon les tournées.

Troisième geste, le plus sous-estimé : regrouper ses commandes. J'ai fait le test sur trois mois personnels, en attendant d'avoir 3 ou 4 articles dans mon panier au lieu de commander au fil de l'eau. Résultat : 11 colis au lieu de 27 sur la période, sans rien changer à ma consommation réelle.

Côté vendeur : les leviers opérationnels

Là, c'est une autre paire de manches. J'ai vu des e-commerçants dépenser des fortunes en compensation carbone pour ne pas toucher à trois réglages qui auraient tout changé.

  • Proposer le point relais par défaut, pas en option cachée en bas de page.
  • Supprimer l'option livraison en 24 h sauf si le client paie un supplément réel (ou la retirer, franchement).
  • Optimiser le remplissage des colis : un carton trop grand, c'est du vide transporté. Sur un volume de 4 000 commandes/mois, mon client a réduit de 18 % le volume moyen expédié en changeant simplement ses tailles de carton.
  • Travailler le retour : un colis retourné, c'est l'aller, le retour, le reconditionnement. Ça peut doubler l'empreinte.

Le retour, j'insiste, parce que personne n'en parle. Sur les secteurs mode et chaussures, il n'est pas rare qu'un tiers des commandes reviennent. Un tiers. Et chaque retour repart en camion, dans l'autre sens, souvent pour un article qui finira en stock ou en destruction.

Quelle est l'empreinte carbone liée au transport, et quel mode pollue le plus ?

La question mérite une réponse honnête, parce que les raccourcis abondent. Le transport est l'un des premiers postes d'émissions d'un colis, oui. Mais le classement des modes dépend de ce qu'on mesure : par tonne transportée, ou par kilomètre parcouru par le colis.

Quelle est l'empreinte carbone liée au transport, et quel mode pollue le plus ?

Comparatif des modes de livraison

Mode Empreinte relative Points d'attention
Camion diesel (longue distance) Référence, souvent la plus lourde par colis malgré le remplissage Amélioration possible en chargeant mieux
Train / fret ferroviaire Sensiblement plus léger que la route à charge égale Dépend fortement des correspondances et du dernier kilomètre
Vélo-cargo (livraison urbaine) Parmi les plus faibles sur le dernier kilomètre Limité en distance et en volume
Point relais mutualisé Réduit nettement l'empreinte par colis grâce au regroupement Nécessite un maillage dense
Livraison express à domicile Souvent la plus élevée à cause des tournées peu remplies Effet direct de la promesse J+1 / J+0

Le message : ce n'est pas le mode qui compte le plus, c'est le taux de remplissage. Un camion diesel plein émet moins par colis qu'une camionnette électrique à moitié vide. Avouons-le, ça casse pas mal de slogans.

L'erreur classique : opposer l'avion et le train sans regarder le colis

Sur les voyageurs, l'avion reste largement plus émetteur que le train. La comparaison est connue et stable. Mais pour un colis, l'avion est rarement utilisé sur le dernier kilomètre, et le fret aérien concerne surtout des marchandises à forte valeur ou urgentes. Le vrai levier reste donc à terre, dans les rues.

Comment faire pour réduire son empreinte écologique au-delà des colis

La livraison n'est qu'une pièce du puzzle. Mais elle a un avantage : elle est visible et actionnable. Réduire son empreinte carbone au quotidien, ça passe par des choix concrets, pas par des déclarations d'intention.

Les actions les plus efficaces, dans l'ordre

  1. Réduire la fréquence des livraisons (regroupement, point relais).
  2. Refuser les emballages superflus quand c'est possible, sinon privilégier les vendeurs qui optimisent.
  3. Choisir des délais de livraison plus longs quand le besoin n'est pas urgent.
  4. Jeter moins, réparer plus, donc commander moins souvent.
  5. Penser aux retours avant d'acheter : une taille, une couleur, un doute de trop, c'est un colis de plus.

Franchement, le geste numéro un reste le regroupement. C'est celui qui ne demande aucun effort technologique et qui a l'impact le plus direct. Le reste vient après.

Et la compensation ?

Les programmes de compensation carbone ont leur utilité, mais je les considère comme un pansement sur une jambe cassée s'ils remplacent la réduction réelle. Payer quelques centimes par colis pour planter des arbres, c'est mieux que rien. Ce n'est pas une stratégie de réduction, c'est une stratégie de communication.

Ce que je retiens après deux ans sur le sujet

La livraison de colis n'a pas un problème de camions. Elle a un problème de promesses : J+1, J+0, livraison le dimanche, retours gratuits. Chacune de ces promesses se traduit par une camionnette qui roule à moitié vide dans une rue où elle n'avait pas besoin de passer.

Le consommateur peut refuser la promesse. Le vendeur peut la retirer. Aucun des deux ne le fait à grande échelle, parce que la promesse fait vendre. C'est là, dans cet arbitrage entre conversion et émissions, que tout se joue. Le reste, les logos verts et les campagnes RSE, c'est de la décoration.

La prochaine fois qu'un site vous propose « livraison gratuite en 24 h », posez-vous une question simple : est-ce que le colis avait vraiment besoin d'arriver demain ? Dans 9 cas sur 10, non. Et cette réponse-là, elle vaut plus que tous les calculateurs d'empreinte carbone du monde.